Depuis les années 1970, de nombreuses recherches et découvertes ont été réalisées sur divers points de la commune de Santec. Jean-Claude Le Goff et Daniel Roué ont beaucoup travaillé sur ce thème. Ils ont entraîné dans leur sillage de nombreux amateurs mais également des professionnels en archéologie. De nombreuses recherches ont été effectuées tout au long de la côte de l'île de Sieck jusqu'au Pouldu et Perharidy, en particulier en 1978 et 1979.
Deux documents ci-joint vont vous permettre de découvrir ces recherches et travaux.
Quelques lecteurs pourront s’étonner, de découvrir dans le blog « Histoire de Santec », cet article sur le Sanatorium ou C.H.M. de Perharidy en Roscoff. Cela mérite une explication.
Auprès de Jean-Claude Le Goff, je participe à la mise en ligne de ses documents sur l’histoire de Santec.
J’ai été sollicité par Guy Quéré, ancien enseignant puis directeur de l’Ecole Publique au C.H.M. de Perharidy. Il souhaitait partager la documentation personnelle qu’il avait sur cette école et l’établissement qui l’hébergeait.
Cette demande s’intégrait naturellement à la publication de l’histoire locale qui est déjà développée dans le site roscovite.
Pourquoi, l’intégrer dans ce blog de Santec ?
Pour deux raisons principales :
Il s’agit de présenter une école particulière. Le rapprochement avec l’école de l’île de Sieck m’a paru évident.
Sur le plan géographique, s’il est vrai que le C.H.M. de Perharidy est situé à Roscoff, la situation sur le terrain est plus complexe.
En, 1920, lors de la séparation des communes de Roscoff et de Santec, un tracé fixant les limites de chacune des communes a été établi. Dans la presqu’île de Perharidy, ce tracé est le résultat de discussions probablement assez fermes.
Roscoff a obtenu que le Sanatorium soit situé à Roscoff.
Santec a gardé la longue plage de la presqu’île soit à Santec. A l’époque, le ramassage du goémon avait une grande importance économique.
Le Sanatorium créé en 1901 par la Marquise de Kergariou ( née Françoise-Louise Archdeacon en 1854 - décédée à Perharidy, le 17 septembre 1915 ) se retrouve après la séparation des communes à cheval sur les deux communes. Les bâtiments principaux sont à Roscoff, mais toute l’activité de thérapie par l’air et le soleil se situe à Santec au long de la plage. Il semble même qu’une maison du Sanatorium se trouve « à cheval » sur la ligne de séparation.
Vu ainsi, la présence de cet article sur le blog de Santec n’est pas aussi étrange que cela.
Je remercie :
Jean-Claude Le Goff, d’avoir accepté d’ouvrir un « espace » dans son blog
Guy Quéré qui m’a confié ses archives.
Vous pourrez consulter l’histoire de l’Ecole Publique et du C.H.M. de Perharidy,
par un album de photos qui inclut des photos et articles de presse (212 documents dont 175 photos + 37 articles de presse, tout à fait lisibles en utilisant la petite loupe de l’album qui propose les photos à leur taille réelle)
par 7 documents en format PDF ( 60 pages de lecture, imprimables si besoin ).
Loi du 4 août 1920 ( Extrait du Journal Officiel du 6 août 1920 )
Distrayant des communes de Saint Pol de Léon et de Roscoff ( Finistère ) la section de Santec pour l'ériger en municipalité distincte
Le sénat et Chambre des députés ont adopté,
Le Président de la république promulgue la loi dont la teneur suit :
Art. 1er - Le territoire des communes de Saint Pol de Léon et de Roscoff ( canton de Saint Pol de Léon, arrondissement de Morlaix, département du Finistère ) est divisé en trois communes dont les chefs-lieux sont fixés respectivement à Saint Pol de Léon, à Roscoff et à Santec, et qui porteront les noms de ces trois localités.
Art. 2 - Les limites de la nouvelle commune de Santec sont fixées conformément au tracé figuré par un liséré jaune et les lettres A,B,C,D,E,F,G,H,I,J,K,L, au plan annexé à la présente loi.
Art. 3 - Les dispositions qui précèdent recevront leur exécution sans préjudice des droits d'usage et autres qui pourraient être respectivement acquis.
Art. 4 - Les terrains communaux ainsi que les édifices et les autres immeubles servant à l'usage public situés sur le territoire de la section de Santec sont attribués à la nouvelle commune.
Le partage des valeurs mobilières sera effectué suivant la proportion des feux existant dans chacune des sections de Saint Pol de Léon, de Roscoff, et de Santec.
Art. 5 - Les emprunts contractés par la commune de Saint Pol de Léon seront entièrement supportés par cette commune.
La commune de Roscoff restera chargée du remboursement des emprunts contractés par elle, à l'exception de ceux de 3.000 fr. et de 19.538 fr. qui incomberont à la nouvelle commune de Santec.
Art. 6 - Les pauvres de la commune de Santec auront droit au tiers des lits existant à l'hospice de Roscoff et au cinquième des lits existant à l'hospice de Saint Pol de Léon.
La présente loi, délibérée et adoptée par le Sénat et par la Chambre des députés, sera exécutée comme loi de l'Etat.
Fait à Rambouillet, le 4 août 1920,
P.DESCHANEL
par le Président de la République :
Les 13 maires de SANTEC
1920 à 1939 - Yves LE MORVAN - Maire durant 19 ans
1939 à 1943 François BERNARD
1943 à 1944 Emmanuel HENRY - Délégation spéciale
1944 à 1945 - François BERNARD - Délégation spéciale
1945 à 1950 - Jean Marie KERNE
1950 à 1971 - François PORCHER - Maire durant 21 ans
1971 à 1974 - Jean MUZELLEC
1974 à 1977 - André LEGRAND
1977 à 1983 - François PRIGENT
1983 à 1985 - François CORRE
1985 à 1995 - Jean SEITE - Maire durant 10 ans
1995 à 2001 - Jean Claude BERTHEVAS
2001 à 2008 - Alain CREUSE
Conseils municipaux de 1920 à nos jours
Octobre 1920
Yves Le Morvan - Maire
Joseph Lagadec - Adjoint
Paul Béganton - Conseillers
Yves Bihan
Hamon Créach
Christian Hélard
Jean Marie Le Goff
Yves Le Lez
François Malgorn
Louis Porcher
Yves Quéré
Adrien Salaün
Guillaume Sévère
Henri Seité
Jacques Tonnard
Mai 1925
Yves Le Morvan - Maire
Joseph Lagadec - Adjoint
Paul Béganton - Conseillers
François Creignou
Christian Hélard
Hervé Le Bihan
Jean Marie Le Goff
Yves Le Lez
François Malgorn
Sébastien Nédelec
Louis Porcher
Louis Salaün
Henri Seité
Guillaume Sévère
Pierre Sévère
Jacques Tonnard (décédé entre les élections municipales et l’élection du maire)
Mai 1929
Yves Le Morvan - Maire
Henri Gallou - Adjoint
François Cloarec - Conseillers
Mathurin Combot
François Creignou
Christien Hélard
André Jacq
Hervé Le Bihan
Jean Marie Le Goff
Louis Nédelec
Sébastien Nédelec
François Porcher
Louis Salaün
Henri Seité
Guillaume Sévère
François Tonnard
Mai 1935
Yves Le Morvan - Pemphent - Maire
Henri Gallou - Bourg - 1er adjoint
André Jacq - Bourg - 2ème adjoint
Jean Danielou - Meandiantel - Conseillers
Guillaume Floch - La Plaine
Yves Gallou - Streat Joly
Christien Hélard - Mechouroux
Hervé Le Bihan - Jugant
Jean Marie Le Goff - Dossen
Sébastien Nédelec - Keradennec
Guy Quimerch Bourg
François Riou - Palud
Alain Sévère - Mechouroux
Guillaume Sévère - Mechouroux
Henri Séité - Pouldu
Guy Urien - Keradennec
Juillet 1939
François Marie Bernard - Maire
Henri Gallou - 1er adjoint
André Jacq - 2ème adjoint
Guillaume Béganton - Conseillers
Jean Danielou
Guillaume Floch
Yves Gallou
Jean Marie Kerné
Hervé Le Bihan
Jean Marie Le Goff
Sébastien Nédelec
François Riou
Henri Seité
Alain Sévère
Guillaume Sévère
Guy Urien
1943
ETAT FRANCAISLE CHEF DU GOUVERNEMENT,
MINISTRE, SECRETAIRE D'ETAT A L'INTERIEUR,
Vu l'article 7 de la Loi du 16 Novembre 1940 relative aux pouvoirs de substitution de l'autorité supérieure, aux délégations spéciales, à l'administration cantonale et aux secrétaires de mairie, modifiée par la Loi du 28 juin 1941,
Vu la démission de tous les membres en exercice du Conseil Municipal de la commune de Santec (Finistère),
ARRETE:
Article 1".- II est institué dans la commune de Santec (Finistère) une délégation spéciale habilitée à prendre les mêmes décisions que le Conseil Municipal et ainsi composée:
Président :
Mr. HENRY Emmanuel
Membres :
MM. QUEGUINER Claude
PLEYBER Christophe
ROLLAND Olivier
DIROU Yves
1944
REPUBLIQUE FRANCAISE
LE PREFET DE LA LIBERATION,
Vu l'ordonnance du 10 Janvier 1944 portant division du territoire de la Métropole en Commissariats Régionaux de la République Française, et notamment l'article 4,
Vu la délégation donnée aux Préfets par le Commissaire Régional de la République à Rennes,
Vu l'avis du Comité Départemental de la Libération, ARRETE:
Article le` : La Délégation spéciale de Santec est dissoute.
Article 2: La Commune de Santec sera provisoirement administrée par une délégation spéciale composée des personnalités suivantes :
Président :
BERNARD François Marie, cultivateur.
Membres :
LE BIHAN Hervé, cultivateur.
KERNE Jean Marie, cultivateur.
ELLOUET Marcel, ouvrier électricien.
OLIVIER Joseph.
Article 3: M. le Secrétaire général de la Préfecture et M. le Sous-Préfet de Morlaix sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l’exécution du présent arrêté.
Depuis 1860,la pêche à la sardine était activement pratiquée dans la baie de Sieck. Vers 1865 un négociant roscovite L. DESCHAMPS installa une conserverie sur l'île. Plus de cinquante personnes, en une dizaine de foyers, vivaient alors en permanence à Sieck.
Malgré la fermeture de l'usine en 1885, cette population demeura à l'île et le problème dela scolarisation d'au moins vingt enfants d'âge scolaire se posait.
En raison de l'éloignement de I'école du bourg et des contraintes dues à l'insularité, la municipalité de Roscoff demanda l'ouverture d'une école à Sieck en 1887.
Le nouveau propriétaire de l’île, Paul GUILLOUX appuya Ia requête en fournissant unlocal. Bien que l'Inspecteur de l'Instruction Publique eût émis de sérieuses réserves sur l'opportunité d'ouvrir une telle école en raison d'une part du faible effectif et d'autre part du nombre d'écoles déjà ouvertes sur la commune de Roscoff, une classe unique, mixte par nécessité, s’ouvrit donc à Sieck à la rentrée de 1887.
Mademoiselle Marie QUEMENER, institutrice stagiaire de 19 ans, y fut nommée. C'était son premier poste.
Installée dans des locaux peu appropriés, l'école posa sans doute divers problèmes de fonctionnement puisqu'en 1893 le poste fut supprimé...
1901- Réouverture de l’école
En septembre 1900, le conseil municipal de Roscoff sollicita le rétablissementde l'école mixte de Sieck et obtint satisfaction par la signature d'un arrêté ministériel en datedu 30 mai 1901.
Dans le registre des délibérations du Conseil Municipal, de Roscoff est écrit à la date du 16 septembre 1901 : « Il y a aussi l'école du hameau de l'île de Sieck dont l'ouverture a été autorisée et à laquelle il a fallu fournir le matériel nécessaire après l'avoir préalablement mise en état de recevoir les enfants ».
Une institutrice, Madame Kerlero deRosbo y fut donc nommée mais demanda un congé pour convenances personnelles afin de soigner ses enfants. A la rentrée 1902 / 1903 elle fut remplacée par Madame QUERE.
Le bâtiment servant d'école était une construction ancienne, datant de 1743, (règne de Louis XV). Cette vieille bâtisse au toit descendant bas dressait son pignon sud en façade, regardait la grève et s'ouvrait sur le chemin menant au port par une minuscule cour aux murets de pierres sèches. L'unique cheminée se dressait sur le pignon nord, recevant à la fois le conduit du poêle de la salle de classe et celui du logement de pêcheur qui occupait la moitié du rez-de-chaussée de la maison d'école.
L'institutrice logeait généralement dans la maison attenante.
Pour la location du bâtiment d'école, la municipalité de Roscoffversait un loyer à Madame de Kergariou, propriétaire de l'île. En 1920, Santec devint commune et assura la dépense (312 F en 1941).
24 ans à l’île de Sieck
A I'âge de 37 ans, Madame QUEREentamait une carrière dans l'enseignement en qualité de stagiaire. Nommée à Siecken 1902, elle s'intégra à la vie de cette île fouettée par les vents, réglée par le rythme des marées. Vivant au contact des préoccupations des familles, elle se vit confier la clef de la citerne de l'usine désaffectée et devait veiIler à ce que chaque foyer pût disposer de deux seaux d'eau l'été et de trois l'hiver car, de toujours, le ravitaillement en eau de la population de l'île demeurait insuffisant.
En 1907-1908, l'école accueillait 32 élèves dont 19 garçons et 13 filles. Pour une moitié vivant sur l'île, 7 venaient du Dossen et 9 du Pemp-hent (croisement des 5 routes) à la sortie du Dossen.C'était un fort effectif pour une seule maitresse enseignant à des enfants d'âges différents dans un local assezrudimentaire. En fait, l'assiduité des élèves devait être inégale en raison des marées auxquelles il fallait se soumettre pour accéder à l'île ou pour la quitter.
La première guerre mondiale eut des répercussions notables sur la vie à Sieck.Le 30 septembre 1914 arriva en gare de Saint Pol de Léon un convoi de 351 civils allemands, autrichiens et hongrois résidant en France et retenus prisonniers à la déclaration de guerre du 3 août. Leur internement avait été prévu à Sieck, dans la conserverie.
Située à la pointe ouest de l'île, l'ancienne usine à sardines se composait de trois longs bâtiments formant un « U » autour d'une cour de 50 m sur 40, fermée à l'est par un mur avec entrée charretière, mur qui fut rehaussé et garni de verre sur la crête. A l'étage des bâtiments ouest et sud logeaient dès avant la guerre des familles de pêcheurs.
L' île retrouva une activité particulière en raison des transports que nécessitait le fonctionnement du camp. Les îliens côtoyaient donc les militaires assurant la garde des détenus et à l'occasion les détenus eux-mêmes dont la main-d'oeuvre fut utilisée pour réparer certains tronçons du chemin menacé d'éboulement et pour paver l'accès de l'île.
A la fin duprintemps, quand les algues ramassées ou coupées, mises en tas sur la dune ou près des maisons, étaient suffisamment sèches, commençait le brûlage du goémon selon une pratique venue de Plouguerneau. Alors sur l'île s'allumaient des feux dont les fumées, mèches blanches et cotonneuses vite dispersées par le vent, se repéraient de loin.
Dans de longues fosses étroites et empierrées les laminairesse consumaient, bouillie grisâtre et épaisse qui, en se solidifiant, formait des pains de « soude » de plusieurs dizainesde kilos. On venait alors chercher la maîtresse d'école qui procédait à la pesée des blocs. La surveillance des élèves était confiée momentanément à quelque sous-officier en poste à l'île.
Parfois la fumée âcre des fours allumés derrière l'école envahissait le hameau et la salle de classe. On quittait alors le banc et la table pour la dune proche, l'ardoise en main.
Quand, à la belle saison, Madame de Kergariou venait à l'île visiter ses locataires, l'école fermait ses portes : c'était jour de congé.
En 1926, Madame QUERE , âgée de 61 ans, prit sa retraite après avoir enseigné 24 ans à Sieck.
Avant-guerre
Mademoiselle Pascaline ELIES succéda à Madame QUERE, mais, dès le mois de janvier 1927, elle contracta une maladie pulmonaire qui lui fut fatale.
Mademoiselle LUCASla remplaça quelques semaines, puis Mademoiselle RANNOU occupa le poste jusqu'en 1930. De 1930 à 1932, Mademoiselle LUCAS fut nommée de nouveau à l'île.
La vie à Sieck ne changeait guère, les marées et la pêche. .., la pêche avec ses dangers quotidiens. Quand, dans le brouillard, les bateaux cherchaient des repères pour regagner le port, les femmes, sur l'île, tentaient de les guider soit en allumant des lampes-tempête, soit en lançant des appels dans des bouteilles sans fond, sortes de corne de brume.
Les hommes pêchaient la sardine, les femmes la vendaient. Dés que l'île « décernait », elles passaient sur le continent poussant leurs brouettes au besoin jusqu'à Saint Pol de Léon et Roscoff. A l'époque de la coupe autorisée du goémon, les enfants accompagnaient leurs parents sur les grèves, délaissant la classe pour quelques jours. Puis venait la saison du brulage des « calcuts»dans les fours à « soude ».
A l'école, la maitresse avait appris à connaître le moment précis où iI fallait libérer les enfants devant regagner le Dossen car ses petits élèves écourtaient volontiers la classe en trichant sur la marée montante.
L'institutrice avait toujours la charge de la clef de la citerne de l'usine et on lui recommandait d'être intransigeante dans la distribution de l'eau qu'il fallait répartir avec équité et sans gaspillage.
Les jours de lessive, les femmes faisaient tremper le linge dans des baquets, le frottaient puis l'étendaient sur l'herbe rase derrière l'école. Ensuite, elles jetaient de l'eau savonneuse sur les pièces de linge maintenues au sol par des galets. Avec les beaux jours revenait le temps de la grande lessive. Les femmes se rendaient alors par le bois du Dossen jusqu'à la rivière, au « Pount ar Chantel», portant leurs charges dans des brouettes ventrues servant à la récolte du goémon.
A Mademoiselle LUCAS succéda Mademoiselle MALGORN. En 1938 et 1939 , MademoiseIIe SALAUN enseignait à SIECK.
1941 – Un remplacement à Sieck
Madame PRIGENT a gardédes souvenirs précis d'un remplacement qu'elle effectua, jeune fille (Melle BODROS) à Sieck en 1941. En 1986, elle retrouve l'île de Sieck, 45 ans après...
Comme autrefois, le chemin qui serpente de long de la grève invite le promeneur à poursuivre sa route jusqu'au bout. Plus iI avance plus iI est pris sous le charme de la mer, du vent, de la lumière, de l'horizon qui s'éloigne... de l'odeur du goémon.
La découverte du port avec son môle neuf est une surprise. La présence de canots, d'embarcations diverses témoigne de la fidélité et de l'activité de la population du Dossen. Le coeur de l'île est là...
Plus de poneys en liberté.. les ruines de l'usine, des petites maisons et du « Pavillon » gardent pour toujours le silence.
Grise avec ses rochers, ses murets de pierres sèches blanchis par la pluie et les embruns, l'île va bientôt se parer de fleurs : tamaris et oeiIlets roses, déjà en boutons, s'épanouiront jusqu'aux rochers de la côte. Les ajoncs taillés par le vent y mettront des plaques d'or. La mer, le ciel, les fleurs tant de couleurs en feront un spectacle doux et changeant.
La vie s'écoulait aurythme des marées, des occupations des pêcheurs, réservés et discrets. Toute rencontre donnait l'occasion de parler amicalement de choses banales mais cependant importantes : le temps, la mer, la nature en général. Ils semblaient sereins et bienveillants mais n'extériorisaient guère leurssentiments. Se rendre service était naturel, sans grandes démonstrations ni commentaires.
S'il survenait un évènement grave: découverte du corps d'un aviateur anglais échoué sur les rochers, Allemands menaçant de mitrailler les bateaux de pêche qui ne rentraient pas assez vite au port... , les femmes se groupaient, échangeaient leurs inquiétudes et appelaient l'institutrice pour prendre part aux discussions. Sitôt le danger passé, tout le monde reprenait son calme ; en silence, chacun rentrait chez soi. C'était le calme après la tempête. Etait-ce la mer qui les avait ainsi pétris ?
Dans leurs petites maisons humbles, sans confort ils étaient à l'étroit mais, riches ou pauvres, ils semblaient y être heureux et s'y plaire. Ceux qui ne s'y plaisaient pas n'y restaient pas. La sélection se faisait naturellement .
En octobre, novembre et décembre 1940, l' institutrice s'appelaitFrancine.
Un évènement la marqua profondément. L'abri de pêcheur contigu à la salle de classe était alors habité. C'était en novembre ou décembre, les mois noirs. Sa voisine, une vieille femme, tomba gravement malade. Francine fut témoin des allées et venues des voisins et parents, tristes, silencieux et inquiets. De sa classe elle percevait les gémissements de cette femme qui souffrait, signes d'une agonie pénible. Seule dans sa maison, Francine était anxieuse. La vieille femme mourut. L'enterrement devait avoir lieu à Santec à 10 h selon l'usage.
Le lendemain matin vers six heures, le char à bancs funèbre arriva. La mise en bière sefit à la hâte - la marée n'attendait pas. II faisait nuit, la tempête faisait rage et la mer montait, montait ! Le temps était compté. Au lieu d'aller au pas mesuré du cheval comme iI sied en pareilles circonstances, il fallut accélérer l'allure.
Francine assista au départ précipité du convoi funèbre et bientôt elle n'entendit plus le cahotement lugubre et le pas pressé du cheval. Ils disparurent dans la nuit. Parents et amis attendaient au Dossen.
Francine avait gardé de cette scène un souvenir angoissant la nuit, elle avait peur. N'avait elle pas assisté au passage de I'Ankou ?
En raison des difficultés du moment : solitude, heure des marées incompatibles avec les heures de classe, occupation allemande et couvre-feu, âpreté de l'hiver, rareté du ravitaillement...
Francine trouvait cette île hostile. La gentillesse des élèves n'avait pu compenser cet état de chose. Ce fut avec soulagement qu'elle reçut sa nomination pour l'école des filles de Santec en janvier 1941.
De l’île aux dunes du Dossen
A l'automne 1942, Mademoiselle OMNES, jeune institutrice remplaçante, fut affectée à Sieck.Elle logeait au Dossen et rejoignait sa classe dès que la marée le permettait, en compagnie de quelques enfants.
L'école ne comptait plus ,que 9 élèves. Le signal du retour était donné par l'un des garçons de l'île qui annonçait à la maîtresse le moment où le rocher de la grève servant de repère était atteint par le flot de la marée montante. Il fallait alors rejoindre le continent sans attendre.
Les Allemands n'avaient pas encore entrepris de fortifier l'île mais ils y assuraient une garde permanente et avaient placé le port sous la surveillance d'un canon.
A la fin de juin 1943, une institutrice d'une cinquantaine d'années, Madame GUILLAMET, fut nommée à SIECK par décision administrative dictée par l'occupant. Pour ne pas laisser Mademoiselle OMNES sans poste, elle se contenta de conseiller sa jeune collègue et demanda le transfert de l'école sur le continent en raison des marées, du mauvais état de la classe et des travaux militaires.
A la rentrée 1943-1944, Mademoiselle OMNES retrouva l'école de Sieck installée au Dossen dans un local appartenant à Madame ROLLAND.
A partir du mois d'août 1944,s'effectua le déminage du littoral. Mines et obus désamorcés furent entreposés dans les garages de l'hôtel du Roch Treas. Le samedi 25 septembre, vers 11 h 30, se produisit l'explosion du dépôt. La catastrophe fit seize victimes et occasionna de gros dégâts au Dossen.
L'école dut à nouveau trouver un autre toit. On la transféra dans une maison proche de l'école actuelle, puis on l'installa dans un baraquement que la municipalité avait fait venir de BREST.
L'effectif de la classe unique, s'enfla pour atteindre 32 élèves en 1945, et, à l'inspecteur, Monsieur THOMAS, qui lui promettait une seconde classe aussitôt que 40 enfants seraient scolarisés, Mademoiselle OMNES répondait qu'elle ne trouverait plus un seul nom à inscrire.
En 1946, Mademoiselle PENSEC remplaça Mademoiselle OMNES.
En 1954, Mademoiselle TRIVIDIC était en poste dans la baraque à classe unique.
Enfin s'ouvrit une deuxième classe et l'école une fois encore émigration..
Pendant deux années scolaires, elle fonctionna dans les anciennes écuriesdu Dossen, devenues colonie de vacances de la ville de Landerneau, en attendant qu'une école neuve soit construite.
Vers la mi-juin 1957, les deux classes emménagèrent dans les nouveaux bâtiments, sous la direction de Madame GODEC.
En septembre 1963, Madame MUZELLEC devint directrice tandis que Madame CORRE assurait l'enseignement dans la petite classe.
En 1966, Monsieur François PORCHERobtint la direction de l'école et en 1969 s'ouvrit une troisième classe, la maternelle, dans une construction préfabriquée que remplaça en 1978 un bâtiment spacieux et fonctionnel.
Sources :
Souvenirs d'élèves, d'institutrices... Archives Départementales du Finistère Archives Municipales de Roscoff Inspection Académique - Presse :Le Télégramme.
A toutes les personnes qui ont permis de retracer la vie de notre petite école du Dossen, en évoquant leurs souvenirs, en prêtant des cartes postales anciennes et des photos, merci.
Le Dossen, Le dimanche 22 juin 1986
Documentation, rédaction, réalisation :
Jean.Claude LE GOFF - rue du Theven Braz Le Dossen.
Une longue rue rectiligne traverse l'agglomération du Dossen, débouche sur la plage et sur Sieck qui, à moins de trois cents mètres, impose sa masse sévère.
Le regard interroge, glisse un instant vers la droite, effleure quelques tamaris en bord de falaise, s'accroche à un îlot rocheux, plonge vers l'horizon puis revient se poser sur une construction à tourelle édifiée sur la hauteur qui domine le chemin d'accès.
On devine l'île qui s'étire, d'un toit d'ardoises, là-bas, aux deux pignons d'une ruine, témoins dressés sur le ciel du large. Aux beaux jours le soleil s'appuie quelques minutes sur leurs vieilles pierres, joue ses derniers rayons dans des reflets subtils et verse dans la mer.
Très vite accessible à marée descendante, l'île s'aborde par une voie charretière qui, d'un coup de reins, franchit un raidillon bordé de petites dunes.
A main droite, la ferme s'abrite comme elle peut des vents d'ouest derrière un escarpement d'où l'on jouit d'un panorama étendu sur Sieck qui s'allonge vers le couchant.
Au midi, l'étroit ruban de la voie charretière longe l'immense plage au sable d'une finesse de grain remarquable. Ici, il court entre falaises et murets de pierres sèches, là entre dunes et tamaris ; il passe devant de singulières ruines et mène à une grève sableuse où se niche le port ...
Au nord-est, à un long vol de mouette au-dessus d'une dentelle de récifs noirs et déchiquetés, l'île de Batz et son phare sentinelle ...
Le livre est disponible auprès de l'auteur - éditeur
HISTOIRE DE L'ILE DE SIECK - 80 pages noir et blanc
En vente 20 euros (franco de port) à l'adresse qui suit:
Jean Claude LE GOFF 292, rue du Theven braz Le Dossen 29250 SANTEC